PONT-SAINTE-MAXENCE : Un élève menace d’égorger son professeur d’histoire-géographie


L’enseignant, qui intervient au collège Lucie et Raymond-Aubrac, est en arrêt depuis plus de quinze jours. L’élève, lui, n’a été exclu que trois jours de l’établissement.

«  Cela fait deux semaines que nous sommes privés de cours d’histoire-géo », regrettent des élèves devant le collège Lucie et Raymond-Aubrac à Pont-Sainte-Maxence, dans l’Oise. Mais ceux-ci assurent ignorer le motif d’absence de leur professeur. D’autres, échangeant sur les réseaux sociaux, semblent plus informés. Voilà plus de trois semaines, un élève a menacé cet enseignant, lui disant qu’il allait l’égorger, «  pour une histoire de copie non rendue », précise une source proche de l’enquête. La victime de ces menaces de mort a finalement déposé une main courante à la gendarmerie. Peu après, l’enseignant a été mis en arrêt maladie. «  À ce jour, il n’est toujours pas revenu  », indiquait un personnel du collège, lundi 18 octobre.

L’élève, lui, n’a été exclu que trois jours de l’établissement et a repris les cours. «  C’est pas normal, c’est grave. Il aurait dû être exclu définitivement, estiment des élèves de troisième. En plus, c’est un prof super-gentil, qui connaît bien ses élèves.  » «  C’est un collège calme, affirme une autre adolescente. Mais il faudrait retirer certains éléments qui fument, se bagarrent ou nous harcèlent pour avoir des photos de nudes. »

Si les élèves sont loquaces, le chef de l’établissement, lui, «  ne souhaite pas commenter cette affaire ». La direction des services départementaux de l’Éducation nationale de l’Oise (DSDEN60) déclare que «  la direction académique a condamné fermement les propos de l’élève. Aujourd’hui, c’est une affaire classée et il n’est même pas certain que le professeur soit en arrêt pour cette raison  ».

« Pas de vagues »

Du côté de certains syndicats, le constat est amer. «  Nous avons le sentiment que le pas de vagues reste de mise et que la gravité de la menace n’a pas été prise en considération, estime l’un d’eux. Dans ce collège, beaucoup d’enseignants n’étaient même pas au courant de ces menaces de mort. Il n’y a même pas eu de conseil de discipline pour l’élève. Seul un changement de classe a été envisagé, un temps. »

Face à de tels comportements, syndicats et enseignants semblent divisés. «  Certains dénoncent un certain laxisme face à cette sanction aberrante au regard de la gravité des faits. D’autres sont fatalistes », poursuit un représentant syndical.

Le professeur, lui, s’est contenté de déposer une main courante au lieu de porter plainte pour «  protéger  » l’élève qui évolue «  dans une sphère familiale difficile  », indique une source proche du dossier. Alors qu’à Marseille, un couple d’enseignants a aussi été menacé de mort, ces jours-ci, et a reçu des photos du professeur Samuel Paty, sauvagement assassiné le 16 octobre 2020 à Eragny dans le Val-d’Oise, les syndicats d’enseignants isariens dénoncent «  une reprise de leur territoire par certains élèves violents depuis la fin des confinements  ».

Depuis le début de l’année scolaire, trois conseils de discipline ont été prononcés pour des actes de violences au collège Fontaine-des-Près à Senlis, un établissement pourtant réputé «  tranquille  ». «  Les périodes de confinement ne sont pas les seules responsables. Nous manquons d’assistants d’éducation face à des classes qui restent surchargées  », pointe du doigt le représentant syndical.